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Entrevue avec Réjean Labelle réalisée par Sylvie Ouellet
Intriguant et tellement révélateur, le langage non verbal parle à notre insu. Eh oui, même sans ouvrir la bouche, notre corps en dit long sur nos états d’âme. Réjean Labelle, dans son livre Le non-verbal qui parle fort nous explique comment lire la gestuelle de nos interlocuteurs pour mieux comprendre le message. SO: Réjean, depuis des années, vous étudiez le langage non verbal et vous l’utilisez dans le cadre de votre travail de conférencier et de formateur. Vous en êtes arrivé à tirer vos propres conclusions des observations et des vérifications que vous avez faites à ce sujet. Pour nous situer, qu’arrive-t-on à lire dans le langage gestuel?
Réjean : Ce sont tout d’abord les émotions qui s’expriment dans la gestuelle. Le langage non verbal révèle très souvent ce que la parole voudrait taire car le corps réagit à une émotion tandis que la parole filtre souvent cette émotion. Par le langage corporel, on arrive donc à lire véritablement l’autre (accord, désaccord, mensonge, vérité) derrière le masque social. SO: Est-ce que l’interprétation d’une gestuelle est la même, que nous ayons affaire à une personne extravertie ou à une personne introvertie? Réjean : Oui, l’interprétation d’une gestuelle est la même sauf qu’il est plus difficile de ``lire`` une personne introvertie car elle est économe de ses gestes. SO: Quelle importance accordez-vous aux émotions lors d’une lecture gestuelle? Réjean : Comme je l’ai mentionné, les émotions jouent un rôle capital dans l’expression non verbale. Si à la base, il n’y pas d’émotions, il n’y a pas de lecture non verbale car pas de réactions. Il faut une réaction affective, quelle qu’elle soit, pour déclencher une réaction physique. Une réaction ou une absence de réaction signifient toutes deux quelque chose dans la lecture gestuelle en autant que l’individu puisse ressentir des émotions. Par exemple, un criminel qui n’a aucune empathie pour ses victimes, n’aura aucune réaction non verbale de culpabilité et de remord lors d’un interrogatoire, ce qui ne veut pas dire qu’il n’a pas commis de crimes. On peut certes dire que l’individu n’a pas d‘empathie, mais on ne peut guère aller plus loin dans la lecture gestuelle de cet individu. SO: La gestuelle fait également partie des mœurs de chaque société. Croyez-vous qu’un geste signifie inévitablement toujours la même chose d’une culture à l’autre? Y a-t-il des gestes universels? Réjean : Il y a ce que j’appelle les gestes réflexes universels et les gestes culturels. Ce sont deux choses différentes. Il faut donc faire preuve de discernement lors d’une lecture non verbale. SO: Selon vous, est-ce que le corps ment parfois? Réjean : Oui, bien sûr que le corps peut mentir, surtout si on est un ``manipulateur professionnel``. Les faiseurs d’image en communication enseignent le contrôle du non-verbal à leurs clients. Toutefois, même les meilleurs manipulateurs vont, à un moment donné ou à un autre, laisser parler leur corps sans le savoir. Ce n’est qu’une question de temps. SO:Souvent, lorsque nous engageons une conversation avec un interlocuteur, nous sommes si concentrés dans la conversation elle-même que nous ne remarquons pas la gestuelle ou, à tout le moins, nous n’y prêtons une attention suffisante pour y tirer des informations. Il faut donc apprendre à observer, mais observer quoi au juste? Réjean : Tout. Il faut observer tout le corps et, bien sûr, bien écouter les propos de notre interlocuteur. L’écoute doit être une écoute globale de l’autre pour cerner l’attitude générale, le comportement et tantôt les détails qui seront très révélateurs de l’état d’esprit de son vis-à-vis à ce moment. Tout geste identifié doit être pris dans son contexte et au moment où il est commis. SO: Vous proposez cinq clés pour parvenir à une lecture efficace, quelles sont-elles? Réjean : Clé no 1 : Repérer la séquence gestuelle. Une séquence gestuelle est une succession de signaux corporels (au moins trois pour le néophyte) dans une situation précise. Clé no 2 : Comprendre et reconnaître le pattern quotidien ( habitudes gestuelles quotidiennes). Tout individu a, ce qu’on appelle, des habitudes gestuelles quotidiennes qui sont liées à sa morphologie, à l’héritage corporel des parents, à ses activités de vie et bien sûr, ce qui nous intéresse particulièrement ici, à son histoire psychoaffective. Clé no 3 : Comprendre et reconnaître le pattern ponctuel (réponse du corps à une émotion, une pulsion soudaine). Ce qui est différent du pattern quotidien. Clé no 4 : Un autre facteur important dans la lecture du non-verbal concerne la concordance entre ce qui est dit et la gestuelle ou l’attitude corporelle de l’interlocuteur. Autrement dit, il faut se demander si la gestuelle reflète ce que la parole prétend ou bien le contraire. Clé no 5 : Il faut aussi, bien sûr, comprendre les fonctions des deux hémisphères. La neurobiologie nous enseigne que l’hémisphère gauche du cerveau envoie des signaux au côté droit de notre corps et l’hémisphère droit envoie des signaux au côté gauche de notre corps. SO: Est-ce que la lecture gestuelle est un outil à utiliser dans toutes nos conversations? Réjean : C’est en tous les cas recommandé si vous voulez savoir de quoi il en retourne véritablement, lors d’une rencontre professionnelle, amicale ou amoureuse. Vous pouvez également apprendre à gérer votre non-verbal pour mieux paraître aux yeux de l’autre. Par exemple, se tenir droit envoie un message d’assurance au cerveau et lui dicte d’adopter une attitude psychologique en accord avec le corps. N’oublions pas que le physique et le psychologique sont en constante interaction. SO: Ces informations vous ont plu, procurez-vous le livre Le non-verbal qui parle fort, car il est rempli de trucs, d’informations et de mise en situations qui vous permettront d’améliorer vos communications et de décoder votre interlocuteur. --- Pour en savoir davantage, visitez la fiche de l'auteur inscrit au répertoire RessourcesPRO en cliquant ici ou visitez le site de Réjean Labelle au : www.rejeanlabelle.com Tél: 418-628-1121
Entrevue avec Réjean Labelle réalisée par Sylvie Ouellet : pour le Bulletin Hautes Fréquences édition décembre 2009 |